lundi 27 février 2012

L'invité du blog


Quel porte-drapeau français à Londres ?

Par Benoît PONTON

Episode 1/2: Présentation des candidats à la fonction de porte drapeau

Jeux Olympiques : J-150

Les XXXe Jeux Olympiques vont se dérouler à Londres du 27 juillet au 12 août prochain. Ces Jeux auraient pu se dérouler à Paris, dans notre capitale française. Ils auront finalement lieux chez nos voisins anglais, comme en a décidé le Comité International Olympique (CIO) le 6 juillet 2005 à Singapour, au terme d’une bataille serrée entre les deux candidatures.

Etre le capitaine de l’Equipe de France pour des Jeux Olympiques à domicile révèle forcément d’un statut particulier. Si les Jeux Olympiques 2012 ne se déroulent pas en France, le choix du porte drapeau est toutefois fortement attendu…

      

L'ambassadeur de tout un peuple

Le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) désignera le 10 juin prochain, le porte-drapeau de la délégation française des Jeux Olympiques de Londres. La cérémonie se déroulera lors de la finale de Roland Garros masculine de tennis.

Traditionnellement, l’identité du premier athlète français à pénétrer dans le stade olympique est révélée à J-100 avant les JO. En 2008, Tony Estanguet, double champion olympique de kayak en 2000 et 2004, avait été ainsi désigné le 29 avril 2008 lors d’une cérémonie à la « Maison du sport Français », autrement dit le CNOSF. Les Jeux de Pékin avaient commencé le 08/08/2008 à 08:08 du soir. Cette année, le J-100 aura lieu le 18 avril, soit quatre jours seulement avant le premier tour de l’élection présidentielle. L’espace médiatique sera alors complètement saturé. Afin que l’annonce du nom du porte-drapeau français aux prochains Jeux ait une répercussion intéressante, le CNOSF a préféré modifié la date pour pouvoir bénéficier des caméras de France Télévisions, une première dans le pays.

Depuis la rénovation des Jeux Olympiques en 1896 par le baron français Pierre de Coubertin, la France est le seul pays avec la Grèce à avoir participé à toutes les éditions des Jeux Olympiques. Jusqu’à présent, ils ne sont que vingt sportifs à avoir obtenu l’honneur de porter le drapeau tricolore en tête de la délégation française dans le stade olympique. Vingt en vingt-deux éditions depuis que cette tradition a été établie en 1912 pour la cinquième olympiade. En 1980, il n’y avait exceptionnellement pas de porte-drapeau mais la bannière olympique commune pour les nations occidentales (à cause de boycotts liés à la Guerre froide) et un français à eu le rôle à deux reprises : l’athlète Jules Noël en 1932 et 1936.

Etre porte-drapeau, c’est non seulement être en tête de la délégation de son pays lors de la cérémonie d’ouverture, mais c’est aussi être le porte-parole de toute l’Equipe de France Olympique. Ce rôle demande d’être capable de supporter la pression et d’assumer les nombreuses sollicitions des médias. De nombreuses questions philosophiques et éthiques s’imposent au jury.

Faut-il privilégier le palmarès ou la notoriété ?
Faut-il privilégier la jeunesse ou l’expérience ?
Faut-il privilégier un sport collectif ou individuel ?
Faut-il privilégier une femme ou un homme ?
Faut-il privilégier un sportif qui débute sa compétition en 2e semaine des Jeux Olympiques, plutôt qu’un athlète débutant la compétition dès les jours suivants ?
Faut-il privilégier un sportif se déclarant capable et motivé à assumer ce rôle plutôt qu’un autre ?

Le choix sera effectué par un comité de sélection réunissant Denis MASSEGLIA : Président du CNOSF, Bernard AMSALEM : Président de la FFA, et chef de la délégation française aux JO 2012, Jean-Luc ROUGE : Président de la FFJ, et élu en charge du sport de haut-niveau au CNOSF, Jacques REY : Président de la FFG et président du collège des fédérations olympiques, puis Isabelle SEVERINO et Tony Estanguet : co-présidents de la Commission des Athlètes de Haut-Niveau. En théorie, ces personnes établissent une « short-list » de plusieurs candidats. La méthodologie pour établir cette liste peut être réalisée en choisissant un athlète par fédération olympique.

Sur les 26 sports du programme olympique, nous pouvons écarter ceux pour lesquels la France ne sera pas présente.  A ce jour, la France peut se qualifier dans l'intégralité des sports (sauf en Hockey-sur-gazon, où l'Equipe de France n'a pas réussi à se qualifier le week-end dernier pour les JO, et n'a plus aucune possibilité). Toutes les fédérations ne disposant pas de sportifs emblématiques et/ou médaillés olympiques ou mondiaux, certaines peuvent être écartées pour le choix final. Ainsi, il ne restera plus que quelques noms de sportifs, qui se font déjà entendre depuis quelques temps. Parmi eux, il y a : le nageur Alain BERNARD, le judoka Teddy RINER, le handballeur Nikola KARABATIC, le basketteur Tony PARKER, l’escrimeuse Laura FLESSEL, l’athlète Christophe LEMAITRE, le cycliste Julien ABSALON, etc.


L’état des forces et faiblesses de chacun

Alain BERNARD : Champion olympique en titre du 100m nage libre, dans un sport phare des JO, il est crédible. Son palmarès plaide pour lui ! Mais son entrée dans le programme olympique doit avoir lieu le 29 juillet avec l’épreuve du relais 4x100m nage libre, soit seulement deux jours après la cérémonie d’ouverture. Or, on sait qu’être porte-drapeau est très coûteux nerveusement. Tony Estanguet a eu beaucoup de difficultés sportivement aux JO de Pékin, alors qu’il était double champion olympique en titre (éliminé dès les demi-finales), de gérer la compétition et cette mission. Plus récemment, aux derniers Jeux Olympiques d’hiver à Vancouver en 2010, Vincent Defrasne, champion olympique 2006 de « poursuite », ne finira que 22e de cette épreuve en 2010.
  
Teddy RINER : Cinq fois champion du monde de judo à 23 ans seulement, c’est historique dans l’histoire de ce sport. A Londres, il vise très clairement le titre olympique, après une « presque » décevante médaille de bronze en 2008, bien qu’il n’avait que 19 ans. Peut-être encore un peu jeune pour obtenir ce rôle dès 2012 ? Surtout, s’il devient champion olympique à Londres, il sera encore plus légitime pour avoir cet honneur aux JO de Rio de Janeiro 2016, 16 ans après David Douillet. De plus, il a déclaré début février qu’il ne souhaitait pas cette année être le porte-drapeau afin de se concentrer pour aller chercher le titre lors de la journée du 3 août.
  
Nikola KARABATIC : Handballeur emblématique de l’équipe de France, considéré comme le meilleur joueur du monde, il a tout gagné avec la sélection nationale (champion olympique 2008, champion du monde 2009 et 2011, champion d’Europe 2010). Désigner un joueur d’un sport collectif serait un acte fort envers cette branche.
  
Pourquoi ne pas alors nommer plutôt le capitaine de l’Equipe de France Jérôme FERNANDEZ. Il a exactement le même palmarès que Karabatic. Il est extrêmement respecté et écouté pour ses valeurs, son attitude et son état d’esprit. Le fait qu’un handballeur fut porte-drapeau il y a peu - Jackson Richardson en 2004 – pourrait toutefois être préjudiciable pour l’un de ces deux joueurs, auquel pourrait se rajouter l’échec de la dernière coupe d’Europe en janvier 2012. La mission de porte-drapeau n’est-elle pas plus facile à assumer lorsque l’on pratique un sport collectif qu’un sport individuel ?
  
Julien ABSALON : Double champion olympique 2004 et 2008, quatre fois champion du monde, une fois champion d’Europe et neuf fois champion de France. A ces titres, nous pouvons ajouter une médaille d’argent et une médaille de bronze aux mondiaux, ainsi que quatre médailles d’argent aux championnats d’Europe. Il fut également cinq fois vainqueur de la coupe du monde. Nous vous épargnerons les titres régionaux. Un palmarès tout simplement remarquable ! A bientôt 32 ans, il va participer cette année à sa troisième olympiade. Sa notoriété ne plaide malheureusement pas pour lui, dans un sport loin d’être le plus médiatique : le VTT. Sa carrière sportive en revanche, tout à fait exceptionnelle, mérite d’être récompensée par la fonction de porte-drapeau. A Londres, il aura pour objectif d’aller chercher un troisième titre consécutif, ce qui n’a encore jamais été réalisé dans l’histoire du sport français. Un exploit qui aurait pu être réalisé juste auparavant lui, par Tony Estanguet, porte-drapeau en 2008 après deux titres olympiques en 2000 et 2004, mais inhibé par ce rôle. 

Christophe LEMAITRE : Quel beau symbole de nommer un grand espoir du sport français.La jeunesse mise en avant. Agé de 22 ans, il pratique non seulement le sport le plus emblématique (l’athlétisme) mais aussi la discipline la plus médiatique (100m) des Jeux Olympiques. Aux derniers mondiaux d’athlétisme à Daegu (Corée du Sud), il a remporté la médaille d’argent sur le relais 4x100m, la médaille de bonze sur 200m, et a terminé 4e sur 100m. A ces Jeux, il sera une réelle chance de médaille ! Mais peut-être est-ce trop tôt pour être nommé porte-drapeau dès cette olympiade ? Ce que réalisera Christophe à Londres sera déterminant pour l’avenir dans sa possibilité de devenir un jour porte-drapeau de la délégation française.
   
Retrouvez l'épisode 2/2 avec notamment l'étude du cas Tony Parker ici : http://sport-and-blog.blogspot.com/2012/02/linvite-du-blog_29.html#more 

3 commentaires:

  1. très bon article, j'attends la suite avec impatience! Moi je verrai bien Karabatic en porte drapeau parce que son palmarès est exceptionnel et parce que c'est la star de son sport

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  2. Zouzou Pitchoun28 février 2012 18:03

    Je vote Teddy RINER ! C'est un de nos plus grand champion et une médaille d'or potentielle. Il le mériterai vraiment.

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  3. Même si ça serait pas le kiff ultime, je pense que ça va être absalon : il a tout ! aucun argument ne plaide en sa défaveur : expérience, titres a rallonge, âge avancé (dernière olympiade?),triplé historique envisageable,etc...l'argument du sport non médiatique est facilement réfutable avec tony estanguet (canoé kayak) ou encore les lamour et riboud (escrime).

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